31/05/2011

Commentaires de Jeazn-Marie, le guide

Randonnée « Amitié  et Randonnée » à OIGNIES

 

Compte rendu par Jean-Marie, le guide

 

Dimanche 29 mai 2011. Devant l’église d’Oignies, par un temps couvert et assez venteux, nous sommes 11 personnes à attendre le départ. Il est 10h45. La presse locale est au rendez-vous. La journaliste/photographe me demande quelques précisions sur le groupe « Amitié et Randonnée » et sur le trajet que je vais guider. Elle me dit qu’elle va prendre une photo (brièvement commentée) qui paraîtra dans l’édition « Entre-Sambre-et-Meuse » de « l’Avenir ». Je lui demande d’attendre quelques minutes car, peu de temps auparavant, j’ai reçu, sur mon portable, un appel d’une randonneuse me disant qu’elle arrivera avec quelques minutes de retard, suite à des embarras de circulation. Enfin, sur le coup d’11h10, nous la voyons arriver. La photographe installe le groupe sous un bel arbuste à proximité de l’église puis prend sa photo. Après que je l’aie remerciée, elle part vaquer à ses occupations.

Je rassemble alors le groupe et me lance dans quelques explications géographico-historico-économiques d’Oignies et sa région.

Autrefois commune à part entière, le village fait aujourd’hui partie de l’entité de Viroinval, en province de Namur, et de l’arrondissement de Philippeville. 7 autres bourgs font partie de l’entité viroinvaloise : Le Mesnil, Mazée, Dourbes, Nismes, Olloy, Treignes et Vierves.

Sur les panneaux routiers, le nom complet du village apparaît : Oignies-en-Thiérache. En fait, c’est un peu un abus de langage car la localité est située géographiquement en Ardenne. Elle est juchée à 365 m d’altitude et constitue le village le plus haut et le plus méridional de l’entité de Viroinval. Comptant un peu plus de 800 habitants, elle est entourée d’un véritable écrin de verdure sur une distance de 7 km à la ronde et ne se trouve qu’à quelques lieues de la France.

Au point de vue historique, le nom d’Oignies (peut-être d’origine celtique) apparaît pour la 1re fois dans un document de 794 lorsque Dame Théodrade donne à l’Abbaye de St-Germain-des-Prés (près de Paris) son domaine d’Aciniagias (Oignies). Au Moyen Age, l’histoire de la localité est étroitement liée à celle des différentes seigneuries voisines (Couvin, Vierves) qui seront dépendantes, jusqu’à la fin de l’Ancien Régime, de la Principauté de Liège. Plus tard, Oignies, bien que ne faisant pas partie des Pays-Bas, subira les fâcheuses conséquences des guerres menées entre les Pays-Bas espagnols et le Royaume de France : insécurité et épidémies. A cela s’ajouteront les hivers rigoureux, destructeurs de récoltes et les hordes de loups affamés qui sèmeront la terreur.

Au niveau économique, les Onégiens (habitants d’Oignies) vivaient à l’origine des ressources de la forêt puis, dans le courant du 19e s, de l’exploitation des carrières d’ardoises. Cette activité nécessitait beaucoup de main-d’œuvre avec, comme conséquence, le développement de maladies pulmonaires (silicose, tuberculose) qui emportaient prématurément beaucoup de travailleurs, à tel point qu’Oignies fut surnommé le « village des veuves ». Parallèlement à l’essor des ardoisières, le développement de la saboterie à Nismes, entre 1850 et 1870, a procuré du travail à domicile dans tous les villages des alentours. Par ailleurs, une source de revenus plus contestable, la fraude, était une pratique courante pour les habitants d’Oignies, situé à quelques encablures de la France.

Ces explications données, nous nous mettons en route vers 11h20. Le circuit du jour compte 21 km et démarre vers le sud-est. Le pique-nique sera pris en plein air, à la bonne franquette.

Avant de sortir du village, je donne encore quelques renseignements sur la Pieta située contre le mur de l’église, sur un reposoir dédié à St-Méen (invoqué pour la guérison des maladies de la peau), sur la chapelle St-Antoine (du 19e s), sur le chêne et le hêtre plantés en 1930 à l’occasion du centenaire de l’indépendance de la Belgique devant le Monument aux Morts situé Place du Baty.

Nous sortons du village par la rue Pairière et passons devant un panonceau assez humoristique sur le portail d’une maison. Après une zone résidentielle où nous admirons de beaux chalets de bois, nous cheminons sur une belle allée forestière qui ne tarde pas à monter. A notre gauche, nous apercevons assez rapidement, sur une hauteur, le village-clairière de Le Mesnil.

En traversant le Bois des Chevalis, nous empruntons le Grand Percé du Mesnil, une voie forestière rectiligne de plusieurs km qui servait autrefois aux ouvriers du Mesnil pour se rendre en France, aux ardoisières de Fumay et de Haybes. Au bout de l’allée, nous aboutissons à la clairière du « Risque-Tout », nantie d’un beau chalet forestier. Anciennement, l’endroit était connu pour être un passage de fraudeurs. La toponymie indique les risques encourus par les fraudeurs et les braconniers.

Après une courte pause, nous poursuivons notre chemin en forêt par un sentier qu’on pourrait appeler « Bornes-frontières ». Elles y ont été placées à la suite du Traité des Limites, signé en 1820 entre les Pays-Bas et la France. Nous ne tardons pas à surplomber Haybes, village français situé le long de la Meuse, dans le département des Ardennes. Puis, la dénivelée, tant positive que négative, du sentier, s’accentue : des descentes dans des chemins ravinés où les cailloux roulent sous les chaussures succèdent à de spectaculaires montées au sommet desquelles nous jouissons de vues splendides sur le massif ardennais français entourant Haybes. Nous pouvons même apercevoir une ancienne ardoisière. Après la grisaille et le froid du matin, le soleil brille de tout son éclat tandis que le ciel devient bleu profond, ce qui nous oblige à enlever quelques épaisseurs vestimentaires et à nous réhydrater régulièrement.

Par monts et vaux, nous atteignons la route Oignies-Fumay et nous nous dirigeons vers le Pont du Diable qui marque la frontière entre la France et la Belgique. Il enjambe le ruisseau Alise. Ce dernier vient des bois de Couvin et se jette dans la Meuse à Fumay. Après le pont, nous empruntons, en France, une belle allée forestière et nous nous arrêtons, après quelques hectomètres, pour casser la croûte, installés dans l’herbe, qui au soleil, qui à l’ombre. L’apéro (Sangria ou jus multi fruits) offert par « Amitié et Randonnée » est toujours très apprécié.

Environ 3/4h plus tard, nous poursuivons notre périple en retraversant le Pont du Diable. Ainsi, après notre petit intermède français, nous réintégrons la Belgique, la Province de Namur et l’entité de Viroinval.

Nous ne tardons pas à quitter l’asphalte pour emprunter un charmant chemin forestier longeant l’Alise qui nous tiendra compagnie pendant plusieurs km. Nous la quittons peu après l’ancienne ardoisière d’Oignies dont l’entrée grillagée est visible sur notre droite. Mentionné dans les Annales des Travaux Publics de Belgique de 1844, comme existant avant l’entrée des Français en Belgique (1789), ce site ardoisier a produit des ardoises jusqu’à son abandon en 1850, à la mort du baron de Le Mesnil, son propriétaire.

Tournant le dos à l’Alise, nous montons plein Nord. La pente est longue et rude. Au carrefour du sommet, nous faisons une pause boisson puis nous obliquons pour un court moment vers l’Ouest, après quoi nous retrouvons rapidement notre orientation Nord. En un peu moins de 2 km, ce sentier encaissé, à la pente régulière, rejoint le GR 12 (Amsterdam – Bruxelles – Paris). En le suivant vers le Nord, nous rejoignons les hauteurs d’Oignies d’où une belle vue sur le village-clairière s’offre à nos yeux.

Nous descendons ensuite vers le lieu-dit « Morimont » où nous empruntons le Ravel. Celui-ci était jadis une ligne vicinale, inaugurée en mars 1909 et mise en service en 1911. Reliant Oignies à Olloy, elle desservait les ardoisières et les plantations de bois. Ce vicinal amena les premiers touristes et permit aux ménagères de descendre faire leur marché dans les villages environnants. Déclassé en 1957, ce trajet est à présent reconverti en une belle piste cyclable.

Montant en pente douce jusqu’à un centre équestre, le Ravel descend ensuite. Nous le quittons lorsque la route qui lui est parallèle oblique vers Regniessart. Nous empruntons une belle allée forestière montant vers le Nord-est qui nous permet de rejoindre le GR 12, lequel nous mène à Oignies. Il ne nous reste plus qu’à traverser le quartier du « Fir » pour rejoindre notre point de départ.

C’est bien connu : après l’effort, le réconfort ! Après nous être changés, nous appliquons cette judicieuse maxime à la lettre. La terrasse du récent « Café de l’église », situé juste à proximité de l’édifice religieux et du parking où les voitures sont garées, nous tend les bras. Nous ne pouvons résister à la tentation. Autour de ce « verre de l’amitié », les discussions vont bon train. Deux nouveaux venus, séduits par la qualité du parcours et la joyeuse ambiance très conviviale du groupe, me donnent leurs coordonnées et me disent qu’ils seront heureux de nous retrouver à l’occasion de prochaines randos.

Après cette pause bibitive, 9 d’entre nous décident de prendre le repas du soir ensemble. Nous prenons les voitures en direction d’Olloy, situé à 7,5 km d’Oignies. Là, nous faisons halte aux « Quatre Voyes », ancien dancing reconverti en brasserie-restaurant. Nous y faisons bonne chère à des prix très raisonnables. Sur le coup de 21h30, nous nous quittons à regret.

Prochaine rando : le 26 juin. Cette fois, « Amitié et Randonnée » fera découvrir aux participants de magnifiques paysages du Hainaut occidental. Rendez-vous à 10h45 sur le parking du château de Beloeil, le long de la route reliant la localité à Leuze-en-Hainaut.

 

22:57 Écrit par Les organisateurs dans Commentaires | Lien permanent | Commentaires (0) |  Facebook |

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